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23 Oct 2013

Que doit-on attendre de la brillante présentation de Matata Ponyo au Chicago Council on Global Affairs?


En date du le 9 octobre 2013 a l’occasion du 9ème Forum Bisannuel ‘US-Africa Business Summit’ tenu à Chicago, le Premier Ministre Congolais (RDC) Mr. Matata Ponyo a présenté au ‘Corporate Council on Africa’ un portrait Congolais très diffèrent de l’image que la plupart des investisseurs Américains se font du Congo. Cette image a probablement agréablement surpris l’audience, a ravi les Congolais et a apporté une note positive sur l’actualité du pays. Mais que peut ont vraiment attendre de ce discours ?

Je pense que le Premier Ministre a préparé un puissant discours médiatique, mais pour une audience avisée, ce discours risque de ne pas attirer l’investissement escompté puisqu’il manque certains aspects substantiels importants pour créer la confiance nécessaire au sein des groupes d’investisseurs. Le discours lui-même s’est articulé sur cinq points principaux, à savoir la Sécurité des biens et des personnes (en rapport avec la guerre au sud du Nord Kivu), la gouvernance dans le domaine des ressources naturelles, l’énergie, la sécurité juridique des investisseurs économiques et les améliorations dans le secteur du transport.

Avant de critiquer le contenu du discours, je tiens à préciser que je soutiens les efforts du Gouvernement sous le leadership de son chef, Monsieur Matata Ponyo (et non Monsieur Kabila, je souligne !) mais je reste quelque peu sceptique quant aux attentes qu'il a pretendument suscité chez certains de mes compatriotes que j’estime un peu trop optimistes (cet article et celui-ci sont quelques exemples) . Le climat des affaires ne se construits pas par des discours. Les discours, pour présenter un climat d’affaire attrayant pour les investisseurs étrangers, doivent suivre des réalisations concrètes sur terrain et non pas les précéder. Parler des reformes est une bien bonne chose, mais la plus part de ces réformes ont déjà eu lieu avant le Gouvernement Matata et certaines réformes sont encore en voie d’être finalisées. C’est donc un effet de « déjà vu » plutôt qu’une surprise agréable que ces mots on suscité. Les investisseurs ont besoin d'exemples d'autres investisseurs qui ont reussit au COngo avant de se lancer.

S’agissant des reformes sécuritaires, il parle des accords d’Adis Abeba. Dans ces accords le Gouvernement prend plusieurs engagement mais n’en initie finalement que très peu. L’armée reste une institution prédatrice qui consomme beaucoup et rend très peu service à la nation qu’elle est sensée défendre. La même chose vaut pour les reformes en matière de sécurisation juridique. Plusieurs accords ratifiés mais très peu de mécanisme de mise en œuvre au niveau local.
Le manque de réalisation des engagements pris reste aussi à déplorer en matière de gouvernance. Avec le scandale Getler et les publications de l’EITI, un doute persiste sur la situation réelle de la transparence dans le secteur minier. Un récent rapport indique que seuls 15% des minerais congolais passent par les voies officielles. (Je critique la conférence sur la transparence minière tenue à Lubumbashi en Janvier 2013 dans un article précèdent)Nomer des exemples positifs concrets d'investisseurs industriels Nord Americains operant a l'est du Congo tels Banro et Tenke Fungurume aurait eu un plus grand impact.

Les défis énergétiques sont énormes, il le reconnait, et il brosse une liste des programmes mis en œuvre pour palier a cette carence. Ici au moins les projets nommés sont réels. Il aurait cependant du souligner que le secteur de l’énergie lui-même a récemment été libéralisé et que l’investissement privé est le bien venus. Avec des investisseurs Americains dans la région, tels que Symbion a Kigoma/Tanzanie, les possibilités de partenariat privé-publique dans la distribution de ces services s’ouvrent. . Je déplore aussi qu’il n’ait pas souligné le potentiel qui existe à lier les projets des infrastructures tels que l’énergie (Ruzizi) et le transport (Via le Rwanda et l’Uganda) à la paix et la stabilisation du Kivu. Une inventive dont les 3 pays bénéficieraient bien.

Une avancée réelle dans le domaine des infrastructures est la réouverture des axes nationaux et le balisage des fleuves et des rivières dans leurs parties navigables. Ceci s’aligne parfaitement aux efforts de développement du secteur agricole. Cependant ces infrastructures restent toutes tournées vers Kinshasa et ne sont pas liées aux axes internationaux. Un exemple simple serait la liaison des routées nationales 2 et 5 au port de Kalundu (Uvira/Sud Kivu) qui lui-même serait développé pour accueillir toutes les cargaisons Congolaises du port de Dar Es Saalam. (Solutions que j'explore dans cet article)

Ce discours est un premier pas, et pourrait être considéré comme un premier brouillon nécessitant plusieurs mises à jour avant d’en arriver au document final. Il reste néanmoins le premier brouillon depuis plusieurs décennies et il redonne espoir. On sent une volonté réelle du chef du gouvernement Congolais a réinstaurer les piliers nécessaires au développement durable, basé non pas sur l’aide (que je condamne ici) mais sur les rapports dignifiant des partenariats économiques d’égal a égal. La meilleure façon d’attirer l’investissement étranger reste à mon avis le renforcement et la promotion l’investissement local. Si les opérateurs locaux en arrivent à opérer dans un environnement saint, les opérateurs internationaux le verront, et seulement alors un discours charmeur pourrait les encourager à investir gros au Congo.

31 Jan 2013

Que vise Kabila à la Conférence minière de Lubumbashi?



Lors d'une réunion avec les différents intervenants, le Président Kabila a déclaré que «Le Congo doit renforcer les contrôles sur l'octroi des licences d'exploitation minière et lutter contre la corruption afin que le pays puisse profiter pleinement de la production de cuivre en hausse".

Cette réunion, organisée à Lubumbashi / Katanga vise à «prouver la volonté politique» du gouvernement en matière de réforme du secteur minier d'une manière qui "met fin au paradoxe qui voit un potentiel minier considérable, et de plus en plus d’activité minière intense, mai des avantages très modestes pour l'État », résultant en « des conséquences négatives pour l'amélioration des conditions de vie de la population ».

Encore une fois, je suis très déçu par ce discours. L'organisation de la réunion elle-même est estimé à 800.000 dollars payés par les contribuables congolais est juste pour "prouver la volonté politique», laissant tout le monde, y compris le président, avec la question de la mise en œuvre.

Pendant toute la durée de ses dix ans de règne, le président Kabila a lancé à travers ses gouvernements plusieurs actions pour nettoyer le secteur minier, en vain! Encore une fois, dans cette réunion, il a suggéré décisions qui sonnent bien aux participants (ou peut-être pas), mais personne ne peut vraiment dire ce qui justifie ces décisions.

Son ministre de l'emploi, M. Modeste Bahati Lukwebo a déclaré: "Nous devons mettre un terme à tout cela, ils ne sont que des aventuriers. Ce que nous avons à faire est d'inviter les grandes entreprises minières et pétrolières, alors tout le monde saura qui ils sont ". Est-ce une raison valable de choisir qui investit en RDC? Ces grandes entreprises prendrons-t-elles le risque d’investir au Congo avec tous les problèmes que nous avons?

La plupart des problèmes du secteur minier au Congo proviennent du gouvernement congolais lui-même. Dans une ancienne publication (disponible sur demande dans la boîte de commentaires), j'ai analysé les problèmes du secteur minier en RDC avec un accent particulier sur la malédiction des ressources au Sud-Kivu et de son industrie opaque extraction de l'or, et j’ai à l’occasion proposé des solutions au problème. C'est dire que je suis intime avec ce débat.

La plupart des pays dépendant actuellement en grande partie sur les revenus des ressources naturelles, ou qui ont le potentiel de le faire, sont caractérisés par leurs avancées différentes sur les nombreuses trajectoires de développement. Alors que certains pays semblent avoir travaillé sur la voie de la prospérité relative, d'autres ont souffert de décennies de mauvaise gouvernance, les conflits et appauvrissement et semblent être sur la spirale descendante qui caractérise la conception conventionnelle de la malédiction des ressources. En RDC, l'exploitation minière constitue un secteur essentiel pour le développement du pays. Le secteur minier a dominé l'économie de la RDC depuis le début des années 1920 (Banque mondiale, 2010). La promesse de richesses provenant du secteur minier est massive.

Cependant, l'extraction de ces ressources naturelles peut décevoir si elle n'est pas correctement gérée. L'instabilité politique peut également rendre des ressources productrices et consommatrices zones vulnérables à la volatilité extrême des prix des produits et de l'incertitude de l'offre. Les guerres civiles en RDC ne concerne pas seulement les citoyens mais ont aussi profondément déstabilisé les États du continent en particulier ceux qui ont été entraînés dans les guerres civiles ces dernières années.

Dans une certaine mesure, la paix est revenue dans la plupart des régions du pays et le gouvernement est confronté à des défis importants pour rétablir la production industrielle et ramener l'ordre dans le secteur minier artisanal et à petite échelle. Cela est encore plus urgent dans la région du Sud-Kivu où la course pour les minéraux a alimenté les conflits et la violence, avec plusieurs sociétés minières, bandes armées et individus rivalisant pour obtenir des concessions d’extraction de l'or dans la région. Alors, que devons nous faire?

Dans le système actuel de gouvernance en RDC, ou tout passe par le gouvernement central, des parties privees et publiques travaillent en connivence pour leurs propres interets au détriment des communautés locales. Dans sa forme actuelle, le système de gouvernance ne fournit pas un cadre approprié permettant secteur minier sud-Kivu de s'acquitter de son potentiel de réduction de la pauvreté. En même temps, les pratiques informelles et parfois illégales, telles que la taxation illégale du secteur, restent omniprésente. Cela fournit l'espace opérationnel et économique pour les pratiques peu recommandables, ce qui a des conséquences néfastes pour la situation sécuritaire dans les zonnes minieres.

Le système de gouvernance exige donc une réforme. Puisque la prolifération des acteurs signifie qu’il y a un defi a relever pour ce qui est de batir la confiance - l'un des piliers centraux de la réforme de la gouvernance - il est essentiel d'identifier des parties prenantes au niveau local, provincial, national et international, dans le but de construire une plate-forme de toutes les parties prenantes pour apporter un changement. Pour que le processus de réforme puisse avoir une chance de succès, les capacités des institutions de l'Etat doivent augmenter, de manière à réglementer efficacement et fournir une assistance à tous les acteurs impliqués. Les sociétés minières doivent accepter leur responsabilité et soutenir un processus de réforme de la gouvernance.

Quel que soit le modèle choisi, il y a un besoin urgent de décentraliser le secteur minier, notamment les inspections, la budgétisation, les ressources humaines et ne laisser que la négociation, être menée au niveau national, à condition que ces négociations soient ouvertes et transparentes. Il est nécessaire de séparer le représentant du gouvernement local et le représentant de la collectivité locale, surtout lorsque l'autorité traditionnelle est considérée comme l'autorité gouvernementale.. Il est imperatif d’organiser des mechanismes permatnat aux et vrai leaders locaaux de veillwer a l’equilibre et verifier ce que l'autorité traditionnel fait.

Il faut aussi une désambiguïsation entre les ministères provinciaux et les divisions, et clarifier les rôles des organes concernés, en particulier en ce qui concerne les inspections minières et les rôles de chacun des organes. La mise en place d'une plate-forme impliquant toutes les parties prenantes est souhaitable car il leur permettrait de faire connaître leurs intérêts.

Si j'étais le président de la République démocratique du Congo, ou un membre de son gouvernement sur cette question dans mon portefeuille, c'est ce que j'aurais dit à la conférence, et ne me limite pas à «démontrer une certaine volonté politique» et non savoir où, quand et comment quelqu'un qui n'est pas encore identifié serait effectivement proposer et mettre en œuvre des changements. Ces affirmations sont mal informés seulement d'augmenter sur le climat d'insécurité de l'investissement dans le secteur minier en RDC et ne sera certainement pas d'attirer le «minéral de gros et les compagnies pétrolières» attendues par le ministre du Travail.

23 Jan 2013

Malédiction des ressources/malédiction de l’aide?



La malédiction des ressources est le paradoxe par lequel un pays aux ressources naturelles abondantes expérimente une pauvreté extrême et/ou se retrouve dirigée par un gouvernement autoritaire (ma propre définition dérivée de la littérature abondante sur le sujet). Cette malédiction entraine souvent des conflits armés. Je pense que le Congo est un pays qui présente des éléments réels de la malédiction des ressources. Au-delà de cette malédiction, je pose aussi la question de la malédiction de l’aide : dans quelle mesure l’aide au Congo contribue aux mêmes éléments que ceux de la malédiction des ressources ? Je remets en question les bénéfices des actions dites humanitaires au Congo.



A. La malédiction des ressources

D’abord examinons les éléments de la malédiction des ressources au Congo :

1. Des ressources minières abondantes : Tout le monde parle du Congo comme d’un « scandale géologique ». En effet, le Congo figure en très bonne position parmi les pays ayant le plus de réserves en Coltan, or, cassitérite, diamants, forets, rivières, gaz, pétrole etc. Le Congo ne figure malheureusement pas sur la liste des plus grands producteurs de ces commodités. Au contraire, le Congo a connu plusieurs conflits armés autour du contrôle des ressources.

2. Une pauvreté prononcée : d’après les données de 2010, La population Congolaise estimée à 67,8 millions d’habitants, vit avec un PIB de 13,1 milliards par an, soit 350 dollars par habitant par an, faisant de ce fait du Congolais moyen un homme pauvre (le seuil de pauvreté étant de moins d’un dollars par jour). En fait, le Congolais moyen est l’homme le plus pauvre au monde, suivis de près par son voisin Burundais (420 dol par an).

Les indices de développement humains ne sont pas fameux : Le taux de mortalité au Congo est de 15,9/1000 (troisième taux le plus élevé au monde après l’Ukraine et la Guinée Bissau). Il a aussi une mortalité infantile de 109,5 (quatrième taux le plus élevé après l’Afghanistan, le Tchad et la Guinée Bissau). L’espérance de vie du congolais estimée a 48,9 est la troisième la plus basse après la Siéra Leone (48,2) et la Guinée Bissau (48,8). L’Esperance de vie masculine est la pire au monde, a seulement 47,3 ans.

L’inflation y est estimée à 17,3 par an. Nous somme parmi les dix pays ou la malaria et la tuberculose tuent le plus. L’un des dix pays ou le vaccin contre la rougeole et autres maladies infantile est le moins administré. Le seul pays ou les vaccins ne sont pas pris en charge par le gouvernement !

3. Des problèmes sévères de gouvernance : Un gouvernement totalitaire ou une petite élite profite corruption (Au Congo, les investisseurs rencontrent les mêmes personnes de jour pour le compte du gouvernement et de nuit pour le compte des partenaires locaux), un manque criant de transparence et de recevabilité (les crimes de corruption ne sont même pas répertoriés), un gouvernement inscrit aux abonnés absents (Le gouvernement congolais n’a consacré que 2.5 de son budget a la sante en 2010. Ce taux a chuté à 2% en 2011).

Manque total de démocratie : Sur une échelle démocratique de 1 à 10, avec 10 pour le plus grand niveau de démocratie, le Congo a marqué 2.15 en 2010 (treizième venant du bas). Notons pour information que les USA, la France et les Royaumes Unis ne figurent pas sur la liste des quinze pays les plus démocratiques du monde. Ceux-ci sont essentiellement les pays scandinaves.

Nous somme le pays le plus corrompu du monde avec 2/10 (10/10 étant le moins corrompu). Notre bureaucratie décourage les investissements. Aucune des 15 plus grandes banques au monde n’opère au Congo. Il prendrait 1 jour pour commencer un commerce en Nouvelle Zélande, 3 jours au Rwanda, 5 jours au Sénégal et … 160 jours au Congo.

4. Conflits armes : Non seulement notre indicateur est de 3, 073 (somalie-3.392, afganistan-3.525, Soudan 3.193 et Irak 3,192), notre budget national de défense reste parmi les plus faible au monde(en pourcentage au PIB comme en valeur nominale), présageant une armée et une sécurité très faible encore pour longtemps.

B. La malédiction de l’aide ?
Apres avoir établi sans trop de peine que le Congo vit ce que d’aucuns appellent la malédiction des ressources, je voudrais maintenant poser la question de l’aide. En fait je pense de plus en plus que l’aide aux gouvernements africains à peu près le même effet que les revenus des ressources naturelles. Dans ce paragraphe je vais essayer de mettre un lien entre chacun des éléments constitutifs de la malédiction des ressources et l’aide.

D’abord définissions l’aide. Telle que définie par Dambisa Moyo, l’aide est l’ensemble des prêts concessionnels et dons qu’un pays reçois de l’étranger en terme d’assistance au développement. D’après cette définition, l’argent que l’ONU apporte au Congo, pour la sécurité ou pour les agences, l’argent reçu du FMI ou de la Banque Mondiale, de la Banque Africaine pour le Développent (BAD), l’aide bilatérales et autres soutiens du même genre sont ce que nous appelons « aide » dans le cadre de cet article.

1. Une aide abondante : le Congo est le troisième récipient de l’aide multilatérale et multilatérale. Il a reçu 3,529 milliards, do t 1 milliard pour les forces de la Monusco. Il reste à déplorer que cette aide ne renforcent pas prioritairement les capacités de gouvernance qui ont si souvent été cités comme les vrais problèmes, mais sont plutôt canalises à remplacer les services publiques comme l’éducation et la santé. Ceci participe à fragiliser la recevabilité de l’Etat et positionne a tors la société civile comme une alternative au gouvernement.

L’aide inscrit le Gouvernement aux abonnés absents. Comment sinon expliquer que plus de trois quart du budget de la sante est prise en charge par les ONG ? Force néanmoins est de reconnaitre que sans certaines de ces ONG (ou des ONG qui travaillent mieux que ça) la situation serait catastrophique sur le terrain.

2. Une situation inchangée pour les plus pauvres et ou les employés des ONG semble être les seuls à réellement se développer au niveau humain. Pour exemple, le plus grand nombre des employés des Nations Unis travaillent à créer et gérer des situations qui n’existeraient pas sans leurs missions. Je ne mentionne pas leurs exemptions fiscales qui constituent un manque à gagner de plusieurs millions de dollars par an pour l‘Etat Congolais. Les modes de vies contrastes entre les employés locaux ou expatriés des ONG et les populations qu’ils sont sensés aider sont tout simplement révoltants.



3. Des problèmes sévères de gouvernance : la plupart des ONG ignorent la participation qu’ils prêchent et utilisent des méthodes préfabriquées, avec quelque fois des employés incompétents ou inexpérimentés pour implémenter des projets qui ont marche ailleurs, il y a plusieurs années. Ces formules copier-coller ne sont pas toujours les plus appropriées, mais la procédure d’adoption des projets est souvent trop éloignée de la base pour opérer des adaptations qui s’imposent.

La corruption (surtout dans les départements logistique, ressources humaines et lors de la sélections des projets à financer/bénéficiaires) existent dans le monde des ONG mais puisqu’ils impliquent directement la société civile ils ne sont pas toujours dénoncés Il y a aussi à décrier un manque total de recevabilités vis-à-vis de la population bénéficiaire et parfois même vis-à-vis des bailleurs.


Faut-ils se débarrasser des ONG ? Je ne pense pas. Cette question fera l’objet d’un article à venir. Je voudrais simplement ouvrir les yeux des millions des personnes de bonne volonté et d’humanitaires authentiques sur la situation que l’aide mal canalisée entraine et perpétue au Congo. Je rappelle que certaines ONG œuvrent réellement pour le bénéfice des plus pauvres, mais l’authenticité de leurs sentiments altruistes ne peux à elle seule briser ce que j’appelle ici la malédiction de l’aide.

16 Jan 2013

La traçabilité des minerais stannifère : Doit-on aller au-delà des frontières Congolaises ?


Lors de ma récente visite à Kigoma (Tanzanie), j’ai découvert un itinéraire par lequel les minerais congolais sont soustraits à la taxation congolaise. Pour les négociants tanzaniens que j’ai vu, ces minerais ne sont pas frauduleux et ne participent pas à la guerre à l’est mais ceci est très discutable. Ce problème demande une attention particulière puisque les seules personnes auxquelles le trafic bénéficie vivant a l’étranger. Dans cet article je rapporte un extrait de ma conversation avec Salumu, un négociant de père Tanzanien et de mère Congolaise Nkusu.

Moi : Assalam Alaykum Salumu, je m’appelle Soraya et je suis Congolaise. J’ai appris que vous achetez des minerais au Congo que vous revendez à l’étranger. Pourquoi les minerais Congolais et pas Tanzaniens ?
Salumu : Waalaykum Salaam ma sœur. Moi j’ai une autorisation Tanzanienne pour l’exploitation artisanale des minerais mais pour le moment la qualité et la quantité que nous obtenons en Tanzanie ne nous permet pas de vivre. J’ai alors entrepris de me tourner vers le Congo.

Moi : Comment vous, un Tanzanien, arrivez à exploiter des minerais au Congo (de manière artisanale) ?
Salumu : En fait je n’exploite pas. Je fais l’exploration, et je facilite l’installation des Small Scale Miners (SSM) moyennant des frais de consultance. Eux utilisent des méthodes sophistiquées et des broyeurs. J’use de mes connaissances en géologie (autodidacte) et de mes relations avec les autorités locales pour identifier des carrières, et j’intéresse les SSM. Eux achètent ensuite les droits d’exploitation auprès du gouvernement. Depuis peu, les tracasseries administratives découragent les sociétés pour lesquelles je facilitais cette installation. En attendant de trouver des SSM j’exploite moi-même de façon artisanale. Je suis aussi le représentant de certaines compagnies Tanzaniennes au niveau congolais.

Moi : Avez-vous pense que votre implication pourrait couter la vie a des centaines des personnes ? Il y a quand même un lien bien établit entre la guerre à l’est de la RDC et l’exploitation artisanale illégale.
Salumu : Je n’opère pas dans les zones contrôlées par les forces armées puisqu’ils ont leurs propres artisanaux, leurs propres négociants et leurs propres fournisseurs des vivres. Et aussi je reste loin de l’or. Je me concentre surtout sur le platine et la cassitérite. J’ai récemment commence à répertorier les carrières de cuivre aussi. Ce sont des minerais qui n’intéressent pas trop les groupes armes et les chefs locaux ne demandent pas beaucoup en contrepartie d’une autorisation d’exploitation.

Moi : Qui vous donne cette autorisation, et que donnez-vous en contrepartie ? Travaillez-vous avec le ministère ou la division des mines ?
Salumu : Au Congo, en dehors des grandes cites, il n’y a pas d’autorité étatique. Vous travaillez avec qui vous avez en face de vous. Avec ou sans les autorisations de Bukavu ou Kindu, c’est finalement le chef de village le plus proche de la carrière qui vous autorise l’exploitation. En général contre un bidon d’huile de palme raffinée, un matelas, un sac de sel ou des bèches et pioches neuves. La valeur totale dépasse rarement 100 $ et vous donne une autorisation de trois à six mois, ce qui est généralement suffisant pour rentrer dans mes frais, faire un petit profit et trouver un SSM intéressé pour une exploitation proprement dite. Ce n’est pas tant une acquisition du droit d’exploitation que des échanges des cadeaux entre amis.

Moi : Racontez-moi un voyage typique
Salumu : voici Mwajuma, mon partenaire. Elle et moi prenons une embarcation vers le Congo. Nous y sommes en deux heures. Nous voyageons alors vers le Maniema, ou nous restons dans Fizi, mais dans des zones où il n’y a pas d’autres exploitants. Nous rencontrons le chef de village et nous lui expliquons que nous voulons exploiter la carrière près de son village. Il nous autorise verbalement et nous engageons des locaux pour l’exploitation. Nous utilisons des méthodes traditionnelles, avec des fois un détecteur de métal. Je laisse Mwajuma sur les lieux, et je reviens à Kigoma pour amorcer les démarches d’exportation.

Moi : Et comment acheminez-vous la marchandise vers l’extérieur ?
Salumu : Une fois à Kigoma J’établis des faux documents au nom du ministère des mines Congolais qui certifient que j’ai payé tous les droits d’exploitations. Notes ma sœur, que je ne sais pas avoir ces documents autrement puisque le représentant de la division des mines le plus proche habite a des jours de marche, en direction opposée de mon itinéraire. Souvent il ne dispose même pas de la nomenclature officielle en matière des minerais que j’acheté. Au moment où Mwajuma est prête, elle voyage avec la cargaison de la carrière a la plage. De mon cote, je quitte Kigoma de nuit, nous ramenons la cargaison jusqu’au port de Kibirizi ou nous nous arrangeons pour arriver avant l’aube. Je remplis les pointilles avec les quantités, et au petit matin je fais enregistrer la cargaison. J’emmené ensuite les faux documents au consulat congolais pour traduction et certification. J’utilise les documents certifiés pour obtenir des documents de transit, et je peux ensuite emmener la cargaison à Dar-Es-Salaam par train ou par route.

Moi : Au moment de la certification des documents, comment savent-ils qu’ils ne sont pas faux ?
Salumu : Ils ne posent pas de question. Ils savent probablement, mais puisque eux même nous demandent des prix exorbitants, nous nous réservons aussi de poser des questions. Par exemple, pour une cargaison de 150 tonnes de cassitérite, nous payons 1500$ pour la traduction et 3000 pour la certification des faux documents Congolais.



Moi : qu’avez-vous en stock pour le moment ?
Salumu : 150 tonnes de cassitérite, du coltan, du wolfram et 50kg de roche contenant 3% de platine au niveau de Dar-Es-Saalam. Mais cette dernière cargaison est difficile à écouler puisque nous n’avons pas pu établir les faux documents, et nous avons prétendu l’avoir obtenue dans des carrières nationales. Nous n’arrivons pas à le prouver et de ce fait à obtenir une autorisation d’exportation légale.

Moi : quelles sont les difficultés que vous rencontrez lors de ce parcours du Congo vers la Tanzanie?
Salumu : d’abord nous ne savons pas toujours à qui nous adresser au niveau local. Le chef de village, le chef de secteur, de localité etc. ensuite, nous accostons à des endroits inappropriés. Les commandants des groupes armés, qu’ils soient de l’armée régulière ou des groupes rebelles et/ou forces négatives exigent des vivres pour leurs troupes. Enfin, nous sommes obligés de forger nous-même des documents, pour lesquels nous payons des fois, plus cher que les originaux. Toutes ces tracasseries seraient évitées si nous pouvions avoir des autorités minières légales sur notre route.

Apres avoir remercié Salumu, j’ai continué ma visite de Kigoma, et j’ai eu à voir sa cargaison de 150 tonnes de cassitérites déchargée au Port de Kigoma. J’y ai aussi vu une importante cargaison de calcaire en partance pour Kalemie, et des sacs de charbon de bois à destination de Fizi. La production de charbon de bois est illégale en Tanzanie depuis plusieurs années, mais le marché Congolais continue de renforcer la contrebande. Du coté Congolais, surtout dans la collectivité de Mutambala à Fizi, le charbon est une denrée rare depuis que la forêt y est protégée. Ceci a haussé le prix d’un sac de charbon de bois a plus de 25 dollars, attirant ainsi le charbon issu de la contrebande Tanzanienne.

J’ai ensuite passe l’après-midi à repenser au port de Baraka. Avec des infrastructures complètes, il pourrait y avoir un bureau pour certifier la légalité de l’exportation des minerais stannifères. Malheureusement le processus de certification actuel ne prend pas en compte la situation de Hamisi et de centaines d’autres étrangers exploitant les carrières Congolaises et ne sait pas couvrir les zones sans bureau de certification. Entre temps, ces minerais continuent d’être achemines du fond de la jungle Congolaise vers des destinations internationales sans bénéficier a un seul Congolais, sinon quelques personnes au consulat Congolais de Kigoma.


Une solution intermédiaire serait pour les deux pays (Tanzanie et RDC) de signer à travers leurs provinces frontalières (Kigoma et sud Kivu) un protocole d’accord sur les modalités d’importation et d’exportation des minerais et autres matières premières le long de cette frontière.